Hypertrophie de la prostate (adénome) : symptômes et traitements
Adénome ou hypertrophie bénigne de la prostate : à quel âge, quels symptômes, comment le médecin l’évalue, les traitements et les signes qui imposent de consulter vite.

L’hypertrophie bénigne de la prostate, ou adénome, est une augmentation de volume non cancéreuse de la prostate, très fréquente après 50 ans. Elle peut provoquer des envies fréquentes d’uriner, des levers la nuit et un jet faible. Elle ne devient pas un cancer. Selon la gêne, on surveille, on adapte ses habitudes, on prend un médicament ou, plus rarement, on opère.
Qu’est-ce que l’hypertrophie bénigne de la prostate ?
L’hypertrophie (ou hyperplasie) bénigne de la prostate, que l’on appelle aussi adénome de la prostate, est une augmentation de volume de la partie centrale de la glande. C’est la tumeur bénigne la plus fréquente chez l’homme. « Bénigne » est le mot important : il ne s’agit pas d’un cancer.
La prostate entoure l’urètre, le canal par lequel s’écoule l’urine. En grossissant, elle peut le comprimer, ce qui rend la vidange de la vessie plus difficile. Pour comprendre le rôle de la glande elle-même, lisez à quoi sert la prostate.
À partir de quel âge la prostate grossit-elle ?
La prostate pèse 15 à 20 grammes chez l’adulte et commence à grossir lentement après 40 ans. Au microscope, la majorité des hommes de plus de 50 ans ont une hyperplasie, souvent sans aucune gêne. Les symptômes, eux, apparaissent plus tard et chez une partie des hommes seulement :
- environ 30 % des hommes de plus de 65 ans ont des troubles urinaires liés à l’adénome, selon le référentiel de l’Association française d’urologie ;
- 37 % des hommes de plus de 70 ans ont un adénome avec des symptômes urinaires, selon l’Assurance Maladie.
La gêne ne dépend pas seulement de la taille : une prostate volumineuse peut ne donner presque aucun symptôme, et une prostate de taille moyenne peut être très gênante.
Quels sont les symptômes d’une prostate qui grossit ?
Les médecins distinguent deux familles de symptômes, qui coexistent souvent :
| Symptômes de remplissage (irritatifs) | Symptômes de vidange (obstructifs) |
|---|---|
| Envies fréquentes d’uriner le jour (pollakiurie) | Attente avant que le jet démarre |
| Levers la nuit pour uriner (nycturie) | Jet faible, fin ou haché |
| Besoin pressant, difficile à retenir (urgenturie) | Besoin de pousser pour uriner |
| Moins de 2 heures entre deux mictions | Sensation de vessie mal vidée, gouttes retardataires |
Les symptômes s’installent progressivement, sur des années. Si vous vous reconnaissez surtout dans la colonne de gauche, notre article sur l’envie d’uriner souvent vous aidera ; dans celle de droite, celui sur la difficulté à uriner.
Est-ce dangereux d’avoir une hypertrophie de la prostate ?
Le plus souvent, non : l’adénome est gênant mais pas grave, et il n’augmente pas le risque de cancer de la prostate. L’Assurance Maladie et l’Association française d’urologie le rappellent : ce sont deux maladies distinctes, même si elles peuvent coexister chez un même homme, simplement parce qu’elles sont toutes deux fréquentes avec l’âge.
Sans suivi, un adénome qui gêne beaucoup la vidange peut toutefois entraîner des complications : infections urinaires à répétition, calculs dans la vessie, sang dans les urines, vessie qui s’épaissit à force de pousser (la « vessie de lutte »), et à long terme une atteinte des reins.
Comment le médecin évalue-t-il un adénome ?
- Un questionnaire de symptômes, le score IPSS, qui classe la gêne en légère (1 à 7), modérée (8 à 18) ou sévère (19 à 35).
- Un calendrier mictionnel sur 2 à 3 jours : heures et volumes des mictions, boissons, levers nocturnes.
- Un toucher rectal, qui permet de sentir une prostate augmentée, lisse et souple, typique de l’adénome.
- Une bandelette urinaire, pour rechercher une infection.
- Si besoin, une débitmétrie (mesure de la force du jet), une échographie pour estimer le volume de la prostate et ce qui reste dans la vessie après avoir uriné, une prise de sang pour les reins et un dosage du PSA.
Le PSA n’est pas systématique : il se discute selon l’âge, les antécédents et le souhait de chacun. Un adénome peut à lui seul faire monter le PSA. Voir notre article sur le taux de PSA.
Comment se soigne une hypertrophie de la prostate ?
Le traitement suit une logique par étapes, adaptée à la gêne ressentie et aux éventuelles complications :
- La surveillance : si les symptômes sont légers, aucun médicament n’est nécessaire, mais un suivi médical régulier reste utile.
- Les règles d’hygiène de vie : boire moins le soir et avant un long trajet, réduire le café, le thé et l’alcool, éviter la constipation, bouger régulièrement, éviter de rester longtemps assis.
- Les alpha-bloquants : ils relâchent les fibres musculaires de la prostate et du col de la vessie et facilitent la miction en quelques heures à quelques jours. Ils ne font pas diminuer la prostate.
- Les inhibiteurs de la 5-alpha-réductase (finastéride, dutastéride) : ils réduisent le volume de la prostate d’environ 20 %, en plusieurs mois, et sont la seule classe de médicaments qui diminue le risque de rétention aiguë d’urine. Ils peuvent entraîner une baisse de la libido et des troubles de l’érection ou de l’éjaculation, et ils abaissent le PSA d’environ moitié, ce dont il faut tenir compte lors d’un dosage.
- Les associations de médicaments, si un seul ne suffit pas.
- La chirurgie : résection endoscopique, énucléation au laser, ou adénomectomie pour les très grosses prostates, en cas d’échec des médicaments, de gêne importante ou de complication.
Il n’y a pas de « meilleur médicament » en soi : le choix dépend des symptômes dominants, du volume de la prostate, des autres maladies et des effets indésirables acceptables. C’est une décision à prendre avec votre médecin traitant ou votre urologue.
Peut-on faire diminuer la prostate naturellement ?
Non, pas de façon démontrée. Les habitudes de vie citées plus haut peuvent nettement soulager les symptômes, mais aucun aliment ni complément alimentaire n’a prouvé qu’il faisait diminuer la prostate ou qu’il soignait l’adénome.
Certains médicaments à base d’extraits de plantes sont parfois prescrits en France. L’Assurance Maladie précise que leur mécanisme n’est pas connu exactement, qu’ils ne font pas l’objet de recommandations officielles, qu’ils ne dispensent pas d’un suivi médical, et que leur association avec les autres traitements n’est pas recommandée. Ce que dit la recherche sur l’alimentation est détaillé dans alimentation et prostate.
Si vous prenez un traitement pour la prostate, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien avant d’ajouter un complément alimentaire, et n’arrêtez jamais un traitement sans avis médical.
La constipation aggrave-t-elle les troubles de la prostate ?
Elle peut les accentuer. Le rectum est juste derrière la prostate et la vessie : un rectum encombré appuie sur la vessie et peut rendre la vidange plus difficile, augmenter les envies d’uriner et, chez un homme qui a déjà un adénome, favoriser une rétention. Pousser fort aux toilettes n’arrange rien.
C’est pourquoi l’Assurance Maladie conseille de prévenir la constipation par une alimentation riche en fibres (légumes, fruits, légumineuses, céréales complètes), en buvant suffisamment au cours de la journée et en restant actif. L’adénome lui-même ne provoque pas de troubles digestifs : du sang dans les selles ou un changement durable du transit doivent être signalés à votre médecin.
Quand faut-il consulter ?
- Aux urgences, immédiatement : impossibilité d’uriner avec un ventre tendu et douloureux.
- Le jour même : fièvre ou frissons avec des brûlures urinaires, sang dans les urines, douleurs vives dans le bas du dos ou le ventre.
- Dans les semaines qui viennent : symptômes qui vous gênent au quotidien, qui s’aggravent, ou levers nocturnes qui perturbent votre sommeil.
Questions fréquentes
L’hypertrophie de la prostate est-elle un cancer ?
Non. C’est une augmentation de volume bénigne. Elle ne se transforme pas en cancer et n’augmente pas le risque d’en avoir un.
Quels sont les premiers symptômes d’un adénome de la prostate ?
Souvent des envies plus fréquentes d’uriner, un lever la nuit de plus, puis un jet plus faible, une attente avant que le jet démarre et une sensation de vessie mal vidée.
Quel est le meilleur traitement de l’hypertrophie de la prostate ?
Il n’y en a pas un seul : selon la gêne, on surveille, on adapte ses habitudes, on prend un alpha-bloquant ou un inhibiteur de la 5-alpha-réductase, ou on opère. Le choix se fait avec le médecin.
Peut-on réduire la prostate naturellement ?
Aucun aliment ni complément n’a démontré qu’il réduisait la prostate. Boire moins le soir, limiter café et alcool et éviter la constipation peuvent toutefois soulager les symptômes.
Quand une prostate qui grossit devient-elle une urgence ?
Quand on ne peut plus uriner du tout, avec une vessie pleine et douloureuse : c’est une rétention aiguë d’urine, à traiter immédiatement.
Sources
- ameli.fr – Qu’est-ce que l’adénome de la prostate ?
- ameli.fr – Adénome de la prostate : symptômes, diagnostic et évolution
- ameli.fr – Le traitement de l’adénome de la prostate
- ameli.fr – L’adénome de la prostate au quotidien
- Association française d’urologie – Référentiel du Collège d’urologie, item 127 : hypertrophie bénigne de la prostate



