Alimentation et prostate : ce que dit vraiment la recherche
Tomates et lycopène, graines de courge, café, bière, viande rouge : ce que la recherche montre vraiment sur l’alimentation et la prostate, sans promesses.

Aucun aliment ni complément n’a démontré qu’il faisait diminuer la prostate ou qu’il prévenait le cancer de la prostate. Ce qui compte, c’est l’ensemble : une alimentation de type méditerranéen riche en végétaux, un poids raisonnable, peu de charcuterie et d’alcool. Pour les troubles urinaires, réduire le café, l’alcool et les boissons du soir aide souvent davantage que n’importe quel « aliment miracle ».
L’alimentation peut-elle protéger la prostate ?
Il faut commencer par une mise au point : aucun aliment ni complément alimentaire n’a démontré qu’il faisait diminuer le volume de la prostate, qu’il soignait un adénome ou qu’il prévenait le cancer de la prostate. Les listes d’« aliments miracles » qui circulent reposent surtout sur des études d’observation ou de laboratoire, qui ne prouvent pas d’effet chez l’homme.
Ce que l’on sait est plus modeste et plus général. Le rapport international du World Cancer Research Fund juge probable qu’un excès de masse grasse augmente le risque de cancer de la prostate avancé. Et pour les troubles urinaires liés à l’adénome, ce que l’on boit, et quand on le boit, a un effet concret sur le confort au quotidien. Pour le reste, une prostate en bonne santé se nourrit comme le reste du corps.
Quelle alimentation privilégier pour la prostate ?
Le modèle le plus souvent cité est l’alimentation de type méditerranéen, qui recoupe les recommandations françaises de Manger Bouger :
- Des légumes et des fruits à chaque repas, de toutes les couleurs, y compris les choux (brocoli, chou-fleur, chou kale).
- Des légumineuses (lentilles, pois chiches, haricots) au moins deux fois par semaine.
- Des céréales complètes plutôt que raffinées, qui apportent aussi des fibres utiles contre la constipation.
- Une petite poignée de fruits à coque non salés par jour (noix, amandes, noisettes).
- Du poisson deux fois par semaine, dont un poisson gras (sardine, maquereau, saumon). Voir aliments riches en oméga-3.
- Les huiles de colza, de noix et d’olive comme matières grasses principales.
Ces choix sont bons pour le cœur, le poids et le transit. Pour la prostate en particulier, leur intérêt est surtout indirect : un poids raisonnable et un bon transit, qui soulage la vessie.
Qu’est-ce que le lycopène et où le trouver ?
Le lycopène est un pigment rouge de la famille des caroténoïdes, qui donne leur couleur aux tomates. Notre corps ne le fabrique pas et n’en a pas besoin pour fonctionner : ce n’est ni une vitamine ni un nutriment essentiel. On le trouve surtout dans :
- les produits à base de tomate cuite : concentré, coulis, sauce tomate, soupe de tomate ;
- la tomate crue ;
- la pastèque, le pamplemousse rose et la goyave.
Le lycopène est mieux absorbé quand la tomate est cuite et accompagnée d’un peu de matière grasse, comme un filet d’huile d’olive : la cuisson libère le pigment des cellules de la tomate. Un concentré de tomate en contient beaucoup plus par cuillère qu’une tomate fraîche, simplement parce que l’eau a été retirée.
Les tomates et le lycopène sont-ils bons pour la prostate ?
C’est la question la plus étudiée, et la réponse honnête est : on ne sait pas. Des études d’observation ont trouvé que les hommes qui consomment beaucoup de tomates ou qui ont plus de lycopène dans le sang ont un peu moins souvent un cancer de la prostate. Mais ce type d’étude ne prouve pas que le lycopène en soit la cause : ces hommes mangent peut-être aussi plus de légumes, moins de charcuterie ou bougent davantage.
Les essais où l’on donne du lycopène à des hommes sont peu nombreux, petits et non concluants. Le rapport du World Cancer Research Fund n’a d’ailleurs pas pu tirer de conclusion sur les aliments riches en lycopène. Dans l’Union européenne, aucune allégation de santé n’est autorisée pour le lycopène. Les tomates ont toute leur place dans une alimentation variée, pour leur goût, leurs fibres et leurs vitamines, sans qu’on puisse leur attribuer un effet sur la prostate.
Les graines de courge sont-elles efficaces pour la prostate ?
Les graines de courge (pépins de citrouille) sont une bonne source de zinc, de magnésium et de fibres : selon la table Ciqual, elles apportent près de 8 mg de zinc pour 100 g. Elles sont depuis longtemps associées à la prostate dans la tradition populaire.
Les études sont peu nombreuses et leurs résultats mitigés. Le plus grand essai, allemand (GRANU, environ 1 400 hommes suivis un an), comparait des graines de courge, un extrait en gélules et un placebo : l’extrait n’a pas fait mieux que le placebo, et pour les graines entières l’écart observé n’avait pas valeur de preuve, si bien que les auteurs eux-mêmes demandent une étude de confirmation. Rien n’est donc établi. Les graines de courge sont un bon en-cas, pas un traitement. Pour le zinc en général, voir zinc et sélénium.
Le café, l’alcool et la bière sont-ils mauvais pour la prostate ?
Ils ne font pas grossir la prostate, mais ils peuvent nettement aggraver les troubles urinaires : la caféine et l’alcool augmentent la production d’urine et irritent la vessie. La bière cumule les deux effets, puisqu’on en boit souvent de grandes quantités. Une grosse consommation d’alcool peut même déclencher un blocage des urines chez un homme qui a un adénome.
- Café, thé, boissons énergisantes : à limiter, surtout l’après-midi et le soir. L’Assurance Maladie conseille aux hommes qui ont un adénome de supprimer les boissons caféinées.
- Alcool : Manger Bouger recommande de ne pas dépasser 10 verres par semaine, 2 verres par jour au maximum, et pas tous les jours.
- Eau : boire normalement, 1 à 1,5 litre par jour, mais surtout dans la journée plutôt que le soir.
Ces ajustements sont souvent ce qui « dégonfle » le plus vite la gêne urinaire, même si la prostate, elle, ne change pas de taille. Plus de conseils dans envie d’uriner souvent.
Faut-il limiter la viande rouge et la charcuterie ?
Oui, pour la santé en général. Manger Bouger recommande de limiter la viande hors volaille (porc, bœuf, veau, mouton, agneau, abats) à 500 g par semaine et la charcuterie à 150 g par semaine, soit environ trois tranches de jambon. La charcuterie est un facteur de risque reconnu de cancer colorectal.
Pour la prostate en particulier, les données sur la viande sont limitées et contradictoires. Le rapport du World Cancer Research Fund ne retient pas de lien établi entre viande rouge et cancer de la prostate. Il n’y a donc pas d’aliment « interdit » pour la prostate : il s’agit de suivre les repères valables pour tous.
Quel est l’ennemi numéro 1 de la prostate ?
Il n’y en a pas un seul, et il n’est pas dans l’assiette. Le principal facteur, c’est l’âge : la prostate grossit naturellement avec les années, et le cancer de la prostate est rare avant 50 ans. Viennent ensuite des facteurs qu’on ne choisit pas, comme les antécédents familiaux et l’origine africaine ou antillaise pour le cancer.
Parmi ce qui dépend de vous : le surpoids, la sédentarité, le tabac et l’excès d’alcool. Et pour le confort urinaire, le café et les boissons du soir. Si vous avez des troubles urinaires, consultez votre médecin plutôt que de chercher la solution dans un aliment : le point complet est dans à quoi sert la prostate. Si vous prenez un traitement pour la prostate, demandez l’avis de votre médecin ou de votre pharmacien avant tout complément alimentaire.
Questions fréquentes
Quels aliments sont bons pour la prostate ?
Aucun aliment n’a d’effet démontré sur la prostate. Une alimentation de type méditerranéen, riche en légumes, fruits, légumineuses, céréales complètes et poisson, est recommandée pour la santé en général.
Le lycopène protège-t-il la prostate ?
Ce n’est pas démontré. Des études d’observation ont trouvé une association, mais les essais sont peu concluants, et aucune allégation de santé n’est autorisée pour le lycopène en Europe.
Les graines de courge font-elles dégonfler la prostate ?
Non, rien ne le montre. Les essais sont peu nombreux et leurs résultats mitigés : l’extrait n’a pas fait mieux qu’un placebo, et les résultats obtenus avec les graines restent à confirmer.
La bière est-elle mauvaise pour la prostate ?
Elle ne fait pas grossir la prostate, mais l’alcool et le volume bu augmentent les envies d’uriner et peuvent aggraver les troubles d’un adénome.
Quels aliments éviter avec une prostate qui grossit ?
Il n’y a pas d’aliment interdit. Limitez surtout le café, le thé et l’alcool, notamment le soir, et prévenez la constipation avec des fibres.
Sources
- Manger Bouger – Réduire la viande (porc, bœuf, veau, mouton, agneau, abats)
- Manger Bouger – Réduire la charcuterie
- Manger Bouger – Réduire l’alcool
- ameli.fr – L’adénome de la prostate au quotidien
- Anses – Table de composition nutritionnelle des aliments Ciqual
- World Cancer Research Fund / AICR – Continuous Update Project Report: Diet, nutrition, physical activity, and prostate cancer (2014)
- Vahlensieck W. et al. – Effects of pumpkin seed in men with LUTS due to BPH: the GRANU study, Urol Int 2015
- Rowles JL et al. – Dietary and circulating lycopene and prostate cancer risk: a systematic review and meta-analysis, 2017



